Trente ans après Mitterrand : 2 gauches, une fracture.
8 janvier 1996. Le président François Mitterrand, s’éteint et rejoint « les forces de l’esprit » .
François Mitterrand, au delà de sa vie romanesque et secrète, laisse un héritage: l’abolition de la peine de mort, une certaine idée de l’État, de la culture, de l’Europe, et du temps long en politique.
Un héritage traversé aussi par des controverses : son passé vichyste, les écoutes de l’Élysée, le Rainbow Warrior, le Rwanda, un rapport ambigu à la raison d’État.
Mitterrand a incarné une ambition.
Celle de transformer la société, d’élargir les droits, de faire entrer la gauche au pouvoir. Mais il a aussi assumé, dès 1983, le temps de la rigueur, une vérité difficile : gouverner oblige à composer avec le réel, à arbitrer, à choisir.
Le socialisme de gouvernement commence là, au point de tension entre l’idéal et la contrainte.
Ce point de tension continue de structurer toute politique sérieuse.
Et c’est précisément ce point de tension qui manque aujourd’hui au socialisme grenoblois qui a fait choix d’alliance dans la coalition des radicalités portée par Laurence Ruffin.
A Grenoble, elle revendique clairement l’ancrage avec la France insoumise (Cf mon précédent post) qu’elle espère toujours rallier, au moins dans un second tour.
Une ligne assumée de confrontation permanente, de radicalité verbale, et finalement de refus de l’arbitrage.
Sa référence récurrente au municipalisme coopératif illustre cette dérive idéologique.
La France compte environ 5 millions d’entreprises. Les coopératives représentent environ 22 000 entreprises, soit moins de 1 % du total. Quant aux sociétés coopératives d’intérêt collectif souvent brandies par Laurence Ruffin comme modèle, c’est moins de 1000 entreprises à l’échelle nationale.
En faire une matrice idéologique pour gouverner une belle, et complexe, métropole de plus de 150 000 habitants interroge, et, dire que nous relèverons demain les grands défis qui nous attendent avec cet outil relève en fait du sourire angélique .
Croire qu’une ville peut fonctionner comme une SCOP , c’est oublier une différence décisive : le choix des associés.
Une entreprise coopérative repose sur l’adhésion volontaire. Elle choisit ses associés, ajuste son périmètre, accepte ses limites.
Une ville, elle, ne choisit pas.
Elle accueille.
Elle protège.
Elle garantit la continuité des services publics, la sécurité, l’égalité devant la règle commune.
Elle engage l’intérêt général, pas un projet partagé par quelques-uns.
C’est ici que la leçon de Michel Rocard redevient centrale.
Le socialisme rocardien croyait au contrat, à la réforme concrète, à la responsabilité. Le RMI, la CSG : des outils nés d’une pensée sociale exigeante, construite à partir du réel.
A Grenoble, pour les socialistes de la 1ère gauche, le choix est clair.
Soit une gauche municipale arrimée sur fonds idéologique à la France insoumise, soit une centralité de rassemblement, capable d’assumer l’ambition sans mentir sur les contraintes, d’agir sans céder aux radicalités, de parler vrai.
Mitterrand nous rappelle que l’ambition sans responsabilité finit par se fracasser.
Rocard nous enseigne que le réel n’est pas un renoncement, mais une exigence.
C’est cette ligne que je porte aujourd’hui à Grenoble.
Une ligne de clarté, de contrat et d’action.

