La République plutôt que la « Nouvelle France »
Le candidat insoumis veut défendre à Grenoble l’idée d’une « Nouvelle France », soutenant que « l’identité française n’existe pas »!
> Article du Journal du Dimanche : Municipales à Grenoble : le candidat LFI assure que l’«identité française n’existe pas»
Comme si la France était un logiciel obsolète, qu’on « met à jour » à coups de slogans mélanchonistes, en effaçant ce qui précède.
La France n’a jamais été un bloc figé, et c’est précisément pour cela qu’elle n’a pas besoin qu’on lui invente une « nouveauté » artificielle. Elle change depuis toujours. Elle s’est construite par des apports, des conflits, des réconciliations, des progrès arrachés, des droits conquis.
C’est une histoire longue, exigeante, parfois douloureuse. Et ce qui lui donne sa force, ce n’est pas un adjectif (« nouvelle »; « ancienne ») : c’est un cadre commun.
Ce cadre a un nom : la République.
Voilà l’essentiel que les slogans masquent : l’identité française n’est pas une origine, ni une couleur, ni un folklore. Elle est un pacte.
Elle est une manière de vivre ensemble : une langue partagée, une école qui émancipe, une loi commune, la laïcité, l’égalité en droits, la liberté de conscience, la dignité de chacun.
L’identité française est civique : elle dit « nous sommes citoyens », pas « nous sommes de telle souche ».
Et c’est précisément pour cela que nier ce pacte est dangereux.
Quand on affirme que « l’identité française n’existe pas », on croit faire reculer les identitaires. En réalité, on leur déroule le tapis. Car si le commun est déclaré inexistant, il ne reste que les appartenances de repli : la tribu, la communauté fermée, la peur, la vengeance symbolique.
Le vide n’est jamais neutre : il est occupé. Et ceux qui l’occupent le font rarement avec mesure.
Michel Rocard avait cette lucidité : tenir ensemble l’exigence de l’intégration et la fidélité à l’universel. Refuser la France-réflexe qui rejette, mais refuser aussi la France dissoute, incapable de transmettre ce qu’elle est. Car une nation se maintient par des institutions justes, une école solide, une promesse d’égalité réelle, un récit commun qui n’humilie personne et n’excuse rien.
Et si l’on veut parler depuis Grenoble, alors qu’on se souvienne : ici, l’histoire n’a pas attendu les slogans pour parler de « nouveau monde ». En 1788, la ville s’embrase contre l’arbitraire : ce n’est pas une querelle d’étiquettes, c’est une entrée du peuple dans la vie politique.
En 1944, dans la Résistance, ce n’est pas une « France nouvelle » qu’on proclame : c’est la France libre qu’on relève, la France de la République, celle qui rassemble au lieu de trier.
Alors oui : la France est diverse. Elle l’a toujours été, et elle le sera davantage.
Et c’est une force si, et seulement si, cette diversité se retrouve dans un même espace de droits et de devoirs, un même horizon de liberté, une même loi qui protège et oblige. Ce que nous devons refuser, ce n’est pas la France qui change.
C’est la France qu’on fracture : d’un côté « les nouveaux », de l’autre « les anciens », chacun sommé de choisir un camp.
Nous n’avons pas besoin d’une « Nouvelle France » opposée à une « ancienne ».
Nous avons besoin d’une France fidèle à ce qui la rend vivable : la République, la justice, l’école, l’unité civique.
La grandeur d’un pays, ce n’est pas de se rebaptiser.
C’est de tenir sa promesse : que l’on puisse y venir, y vivre, y réussir, et surtout s’y reconnaître, non par l’origine, mais par la citoyenneté.

