J’accuse… la grenouille et le boeuf.
La Fontaine avait l’art de dire les choses.
J’ai évoqué, il y a quelques jours la fable du Renard et du masque pour expliquer le danger de la candidature de Laurence Ruffin.
En voici une dernière, celle de la grenouille qui se voulait aussi grosse que le bœuf:
La grenouille aperçoit le bœuf.
Elle le trouve imposant.
Alors elle se gonfle.
Un peu. Puis encore. Puis trop.
Cette semaine grenobloise a donné à cette fable une singulière actualité.
Parce qu’il y a ce « J’accuse » brandi, une fois de plus, par Alain Carignon.
Un « J’accuse » ample, sonore, théâtral.
Un « J’accuse » qui sature l’espace.
Mais un « J’accuse » qui ne se retourne jamais vers celui qui le prononce.
Et pourtant.
Tout commence par une attaque, cette semaine, venue d’ailleurs.
Le candidat du Rassemblement national diffuse un communiqué au sujet d’un rassemblement annoncé aujourd’hui au Centre LGBTI de Grenoble, présenté par ses organisateurs comme réservé à des « personnes non blanches » ; il évoque un événement « discriminatoire » et parle de financements via des subventions municipales.
Dans ce communiqué, il met directement en cause « le silence de l’opposition en place » sur l’attribution des subventions par la ville de Grenoble à certaines associations.
Le fait politique est ici : l’attaque vise explicitement l’inaction de l’opposition d’Alain Carignon.
Et lorsqu’une opposition est ainsi mise en cause, lorsqu’on lui reproche de ne pas avoir réagi au moment des votes, l’électorat de droite est parfaitement légitime lui aussi à attendre une réponse.
Une réponse claire.
Une ligne assumée.
Une parole qui explique ce qui a été fait, ou pourquoi cela ne l’a pas été.
Depuis, rien.
Un silence qui pèse plus lourd que tous les communiqués. Un silence en forme d’aveu.
Un autre fait met lui aussi cette semaine à rude épreuve le bilan de l’opposition conduite par Alain Carignon depuis 6 ans.
Sur le sujet majeur de la sécurité, on apprend que l’Union syndicale des policiers municipaux et des agents de prévention et de médiation (USPPM) a déposé un recours devant le tribunal administratif de Grenoble contre le refus d’armer les policiers municipaux et contre l’absence de réévaluation des risques.
Surfant sur l’information de ce recours, le chef de file de l’opposition, Alain CARIGNON, lance sans respirer son « J’accuse ».
Encore un. Toujours le même.
Celui de plus, de trop peut être, qui interroge la l’évidente inaction d’Alain Carignon sur la sécurité.
Le chef de l’opposition pouvait, dossier en mains, mobiliser lui même, ici ou à Paris, les syndicats pour la mise en oeuvre d’un recours juridique structuré comme celui lancé en cette fin d’année par l’USPPM.
Le chef de l’opposition pouvait ne pas attendre l’automne des élections pour saisir le conseil municipal du sujet. Le levé de doigt de la rentrée fut trop tardif.
Le chef de l’opposition pouvait enfin solliciter un référendum local, ou organiser un droit de pétition citoyenne sur la sécurité quand le calendrier le permettait encore.
Alain carignon en avait les moyens juridiques et la tribune médiatique.
En réalité, il a manqué à Grenoble une stratégie d’opposition construite dans le temps.
Simplement parce que la sécurité n’a pas été traitée par Alain Carignon comme un problème à résoudre, mais comme un soufflet électoral : on le presse quand la campagne approche, on le repose ensuite.
La grenouille gonfle.
Le bœuf, lui, avance.
Aux étés 2020 et 2021, juste après l’élection d’Eric Piolle, je me suis saisis du dossier « securite ».
Rappelez-vous.
J’avais sollicité un institut de sondage pour mesurer le sentiment d’insécurité à Grenoble et sur la métropole.
Les résultats de ce sondage ont été publiés et largement commentés dans la presse.
J’avais été critiqué par la majorité, et pas que, pour avoir directement donné la parole aux grenobloises et grenoblois.
Cette parole qui s’exprimait ainsi, enfin, et pour l’unique fois, aurait du nourrir une stratégie d’opposition solide.
Elle est restée sans suite politique structurante.
Le 19 avril dernier, j’ai présenté AllôGrenoble.
Notre plan sécurité.
Des propositions précises, chiffrées, documentées.
Effectifs, armement, formation, vidéoprotection ciblée, prévention, articulation avec l’État.
J’ai mis sur la table le dossier que les grenobloises er les grenoblois étaient en droit d’attendre de l’opposition municipale depuis tant d’années.
Un travail pensé pour être débattu, amendé, évalué.
Simplement parce que je le connais bien, sans doute si bien que je n’ai nul besoin d’un porte parolat pour en parler.
Mon quotidien depuis 30 ans, c’est l’action : travailler sur des faits,
Accompagner des victimes,
Faire avancer des dossiers,
Obtenir des décisions,
Aider à réparer.
Défendre, ce n’est pas accuser plus fort.
Défendre, c’est agir quand c’est difficile, quand c’est technique, quand il n’y a pas de micros.
« J’accuse » relève parfois du théâtre.
Le droit, lui, relève du réel.
Cette culture-là, de l’action concrète, du résultat, je veux l’apporter à Grenoble.
Une opposition sérieuse se juge pendant le mandat : elle travaille, elle propose, elle construit, elle saisit les bons outils au bon moment.
Quand elle attend la dernière ligne droite, elle transforme en réalité un sujet vital pour le quotidien à seule fin d’en faire un marchepied électoral.
À force de s’enfler, on s’essouffle.
C’est cela, l’essoufflement : beaucoup d’air, peu de prise.
En politique comme dans les fables,
ceux qui crient finissent par manquer d’air.
Et cet essoufflement se lit aussi dans les urnes.
Lors de l’élection municipale de 2020, la droite grenobloise touche un point bas inédit depuis trente ans.
Son socle n’élargit plus, son horizon se referme.
L’espoir d’un appel d’air au second tour, ce moment où une dynamique peut naître, n’a pas lieu.
À peine 17 voix supplémentaires viennent s’ajouter, comme un souffle court dans une poitrine déjà saturée.
Chacun peut en tirer la conclusion :
la droite n’a pas manqué d’oxygène par accident.
Elle était déjà pleine jusqu’à l’épuisement.
Ce constat ne vise pas les électeurs.
Il vise une incapacité à transformer des indignations en résultats.
Les électeurs de la droite modérée, les gaullistes, ne se sont pas « évaporés ».
Ils ne sont pas « épuisés ».
Ils ont été abandonnés à l’incantation.
Les électeurs de la droite constituent une force utile, exigeante, légitime.
Ils avaient droit à mieux qu’une opposition réduite à l’annonce et à la colère.
À ces électeurs, je veux dire une chose simple : n’ayez pas peur du contrat de rassemblement que je vous propose.
Ce contrat ne vous demande ni de renier vos convictions, ni d’oublier ce que vous êtes.
Il vous propose de retrouver l’essentiel : le sérieux, la constance, le respect du droit, et le courage d’agir sans théâtre.
Il n’est pas un glissement idéologique.
Il est une fidélité : à l’ordre républicain, à l’exigence de sécurité, au respect du travail, à la responsabilité budgétaire, à la primauté du réel.
Ce contrat de rassemblement vous propose d’agir, enfin, pour ce que vous attendez.
De la fermeté sans agitation.
De l’autorité sans théâtre.
De la sécurité sans exploitation de la peur.
Ce contrat ne cherche pas à gonfler les mots.
Le contrat de rassemblement que je propose ne cherche qu’une chose: donner enfin du poids aux actes.
Face aux radicalités, la réponse n’est pas l’outrance.
La réponse c’est la mobilisation des modérés, de la gauche à la droite, celle qui agit, construit et protège.
Il est temps de quitter l’impossible fable
et de donner enfin corps à une réalité qui tienne debout.
N’ayez pas peur.
Rejoignez ce contrat de rassemblement pour Grenoble, parce qu’il ouvre un chemin.
Parce qu’il n’est pas un pari, mais une centralité.

