Retourner une campagne comme on retourne une crêpe.
Hier après-midi, nous faisions du porte-à-porte avec deux colistiers dans une de ces rues grenobloises un peu à part : les immeubles serrés… et soudain une rue entière de petites maisons, avec une cour, parfois un jardin. Un fragment de village au milieu de la ville.
Le portail était ouvert. Une mère attendait l’arrivée des enfants. Mercredi oblige.
« Je vous ai reconnu… sur les affiches. On commence à parler de l’élection. »
Je lui explique que nous passons rencontrer les habitants. Elle répond avec naturel : « Vous voulez des crêpes ? »
Dans la cuisine, la petite dernière arrive la première, intriguée par l’inconnu. Les autres suivent.
La maman leur dit : « Le monsieur se présente pour être maire. »
Je leur demande : « Vous savez ce qu’est un maire ? »
Ils répondent chacun avec leurs mots : celui qui s’occupe de la ville, des rues, des écoles.
J’ajoute simplement : quelqu’un que les habitants choisissent pour que la ville fonctionne bien pour tous.
Notre attention revient très vite… vers les crêpes.
Pendant quelques minutes, il n’y a plus de campagne. Seulement une maison, une table, des enfants et la vie d’un quartier.
Ces moments-là n’apparaissent ni dans les journaux, ni dans les débats, ni dans les sondages.
Les habitants que nous rencontrons sont souvent loin des médias, loin des commentaires permanents, loin aussi de l’agitation des réseaux sociaux et de leur petite pollution quotidienne.
Ils vivent, observent, réfléchissent.
Avec calme.
C’est là que se trouve l’authenticité d’une campagne.
En repartant, l’appareil à crêpes était resté sur la table. Cela m’a rappelé les goûters d’enfance où l’on faisait sauter la crêpe dans la poêle. Un geste… et soudain elle change de côté.
Les campagnes ressemblent parfois à cela.
Dans ces derniers jours, les conversations évoluent et les certitudes bougent. Beaucoup comprennent qu’un vote pour #alaincarignon mène surtout à une impasse politique dont l’issue la plus probable serait l’élection de #laurenceruffin . Mêmes causes, mêmes effets.
Parfois, il suffit d’un geste simple pour que tout bascule. Comme une crêpe dans la poêle.

