
Lettre aux actrices et acteurs culturels
À Grenoble, réinventer la culture comme bien commun
À Grenoble, réinventer la culture comme bien commun
A l’heure où la culture est trop souvent sommée de se justifier, de se rentabiliser ou de se conformer, il est urgent de rappeler une évidence : la culture est un bien commun, une condition de la démocratie, un outil d’émancipation.
Ma conviction s’enracine dans une histoire.
À Grenoble, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, des femmes et des hommes ont fondé le mouvement Peuple et Culture. Leur intuition était simple et exigeante : la culture ne devait pas être réservée à une élite, mais devenir un levier d’émancipation populaire.
Dire la vérité sur les moyens
À Grenoble, le budget culturel avoisine 174 euros par habitant. C’est un niveau conforme à la moyenne nationale. Ni dérisoire, ni exceptionnel. Pour autant, une politique culturelle ambitieuse ne se résume pas à un montant, mais à des choix, une méthode et une vision.
Lors de nos rencontres, vous m’avez confié votre désappointement, votre irritation parfois. Bien sûr il y a des choix nationaux ou régionaux qui peuvent vous déstabiliser financièrement. Mais l’essentiel réside dans la déconsidération dont vous faites l’objet, par la municipalité depuis bientôt 12 ans.
Jamais dans l’histoire de notre ville, un maire n’a autant brutalisé ce secteur, fermant sans concertation des équipements ou procédant à des regroupements contraints. Jamais un maire ne s’est immiscé dans les choix de programmation d’équipements.
Mes grandes orientations s’articulent autour de 4 engagements :
- Encourager les pratiques culturelles et la création artistique dans toute leur diversité.
- Accompagner et soutenir les acteurs, bénévoles, associatifs, professionnels.
- Permettre à tous de participer à la vie culturelle en renforçant la diversité, l’égalité.
- Soutenir l’éducation artistique et culturelle, enjeu d’émancipation, de réalisation.
Pour cela, il nous faut d’abord refonder la gouvernance de la politique culturelle.
1- Clarifier la gouvernance : de la fonction au sens
Dans un débat public récent, j’ai évoqué la création d’un office municipal de la culture. J’assume pleinement ce terme pour ce qu’il décrivait : une fonction. Celle d’un outil autonome, partagé, permettant de sortir du face-à-face entre la Ville et les acteurs culturels, et de garantir stabilité, lisibilité et continuité. La gouvernance et l’esprit seront fidèles à l’éducation populaire : délibération, co-construction, confrontation des points de vue. Les acteurs seront, en amont, associés à la définition des politiques culturelles, le schéma directeur à 5 ans sera concerté.
Il sera sollicité, pour avis, sur le budget culture, et sur sa répartition globale.
Toute mesure affectant les équipements importants fera l’objet d’une étude d’impact indépendante. Celle-ci devra en apprécier les conséquences sur la jeunesse, la cohésion sociale, l’accès à la culture. Elle accompagnera la délibération publique du Conseil municipal.
2- Soutenir dans la durée, libérer le souffle de la création
La culture a besoin de temps long.
La logique du guichet, des appels à projets permanents, des dossiers sans fin, épuise les équipes et fragilise les projets.
Il faut des conventions pluriannuelles, une simplification drastique des procédures, des interlocuteurs stables. Le temps des artistes et des équipes doit aller à la création, à la médiation, à l’éducation mais pas à la bureaucratie.
Notamment, voici, sans être exhaustif, les quelques actions que j’entends partager avec vous.
Le livre, pilier de l’émancipation
Le livre reste un outil irremplaçable de structuration de la pensée et de liberté intérieure. C’est pourquoi je défends un réseau de bibliothèques de proximité fort, vivant, accessible, et le renoncement aux projets qui affaiblissent ce maillage.
Je souhaite également le retour du Printemps du livre à une annualité pleine et je défends la création d’un livre itinérant, fidèle à l’esprit de l’éducation populaire.
Une ville vivante et vibrante
Grenoble est une ville jeune, universitaire, créative. Elle doit être vivante et vibrante.
Les festivals, les musiques actuelles, les cultures urbaines ont toute leur place. Elles sont un levier puissant de démocratisation culturelle et d’expression citoyenne.
Mais il y a un chemin exigeant : celui de la coexistence entre vie culturelle et qualité de vie des riverains. Le droit à la fête et le droit au repos ne s’opposent pas ; ils se régulent. Cela suppose médiation, accompagnement, responsabilité partagée. Ces sujets ont trop longtemps été laissés dans le vide. Nous mettrons enfin en place une charte de la nuit et un conseil de la nuit regroupant toutes les parties prenantes.
Je crois aussi qu’il manque à Grenoble un grand festival de musique urbaine, populaire et exigeant, ancré dans les quartiers, capable de dialoguer avec les jeunes générations et de rayonner nationalement.
Le théâtre et la danse : pratiques amateures et exigence artistique
Grenoble est une ville de théâtre et de danse. Elle l’est par la richesse exceptionnelle de ses pratiques amateures, par l’engagement de centaines de femmes et d’hommes qui jouent, répètent, transmettent, souvent dans les quartiers, dans les MJC, dans les lieux de proximité. Cette vitalité est une force.
Une grande ville doit aussi garantir une exigence artistique élevée, une présence plus forte de, la pratique professionnelle et un véritable rayonnement.
A Grenoble, cela suppose de lever plus souvent les rideaux du Théâtre Municipal de Grenoble, d’augmenter le nombre de représentations, de diversifier les esthétiques, et de redonner au théâtre municipal une ambition à la hauteur de la ville.
Cela passera par une révision des modes de gouvernance, pour rééquilibrer création, diffusion, ouverture aux artistes et dialogue avec les pratiques amateures, sans jamais sacrifier l’exigence.
Un musée vivant de la Paix et de l’Émancipation
L’ancien musée de peinture de Grenoble raconte une histoire : celle d’une ville qui, de la Journée des Tuiles à la République, a toujours su transformer la colère en projet.
Je propose d’y créer un musée vivant de la Paix et de l’Émancipation. Un lieu de mémoire, de création, de débat, tourné vers la jeunesse, la paix, la fraternité et la transmission. Un lieu capable d’accueillir des résidences d’artistes, de faire dialoguer patrimoine et création contemporaine. Une alternative à une Fête des Tuiles devenue trop souvent événementielle, déconnectée de son sens historique.
Je sais aussi l’attente de beaucoup pour une politique culturelle valorisant mieux encore notre Musée, dans ses collections anciennes comme dans les collections temporaires.
L’éducation artistique et culturelle au cœur des problématiques éducatives
Dans le temps scolaire, avec les enseignants, nous construirons des parcours
visant la découverte des œuvres, du patrimoine, à développer les capacités créatrices de nos enfants. Nos ressources culturelles sont importantes et elles sont de proximité, nos créateurs, nos artistes sont prêts à s’engager. La ville et l’Éducation Nationale coopéreront pour garantir l’effectivité de ces parcours, inscrits dans la loi, au cours de la scolarité primaire. En refondant le périscolaire, la politique d’accès aux loisirs, la politique d’éducation populaire, nous permettrons un véritable partage de la culture, de toutes les cultures. Nous accompagnerons l’émergence culturelle, en particulier chez les jeunes.
Je serai celui qui réhabilitera l’éducation populaire.
Une culture transversale
Enfin, la culture ne peut plus être cantonnée à un secteur.
Elle doit irriguer l’école, le périscolaire, la jeunesse, les quartiers, le social, et l’urbanisme, notamment dans notre patrimoine bâti, qui fait la beauté de notre ville et qui est laissé à l’abandon depuis longtemps.
La culture trouve sa place partout, « dans le laboratoire du savant comme dans l’atelier du poète ».
Réinventer la politique culturelle, ce n’est pas opposer l’exigence et le populaire.
C’est tenir serrés l’émancipation individuelle et le projet collectif.
À Grenoble, nous avons cette responsabilité.
Et peut-être, à nouveau, cette avance.
Fidèlement,

